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Des applications qui en disent long à Facebook

Fin 2018, Facebook revendiquait 2,32 milliards d’utilisateurs actifs chaque mois, en hausse de 8,9% par rapport à fin 2017. C’est dire l’importance que le réseau social américain a pris dans notre quotidien. Vous avez le sentiment que l’utilisation de Facebook ne tourne qu’autour du partage d’informations, de photos et d’événements? La réalité est bien plus complexe, et souvent au détriment de notre vie privée.

En 2018, l’Université d’Oxford publiait ainsi une étude réalisée sur environ un millions d’applications, et qui révélait que 88% d’entre elles étaient susceptibles de transmettre des informations sur leurs utilisateurs à la société Alphabet, maison-mère de Google. Et que près de 43% d’entre elles étaient susceptibles d’en transmettre à Facebook. Comment? Via ce que l’on appelle les « trackers », que l’on pourrait traduire par « mouchards ».

Des « mouchards » créés par Facebook

Comment ces mouchards arrivent-ils jusqu’à nous? C’est très simple, en fait. Dans son kit de développement logiciel, sorte de boîte à outils pour les développeurs d’applications, Facebook offre aux développeurs divers outils tout faits. Et dans ce kit, on trouve par exemple le code qui permet de proposer aux utilisateurs de se connecter à l’application via leur compte Facebook. Vous avez déjà certainement été confronté à cette possibilité lors de votre inscription sur un site, par exemple. Eh bien, ce petit outil facilement disponible, et qui plus est, mis à disposition par Facebook lui-même, contient déjà des possibilités de tracking d’audience et de publicité.

Un transfert de données dès l’installation de l’appli

En 2018 également, l’ONG Privacy International a fait la présentation d’une étude qui a scanné une vingtaine d’applications Android et les informations qui transitent d’elles vers Facebook. D’après l’ONG, qui base son étude sur 34 applications Android hyper-populaires (comme Spotify, Candy Crush, Shazam ou encore Kayak, qui comptent de 10 à 500 millions d’utilisateurs), le constat est sans appel: 61% des applis envoient des informations à Google dès leur première activation par l’utilisateur, même si celui-ci ne s’y est pas inscrit via ses identifiants Facebook! Les données échangées sont des données techniques dites « d’événement », qui signalent simplement que l’application en question a été installée et/ou utilisée. Mais elles seraient aussi accompagnées d’autres données, comme l’identifiant publicitaire unique que Google attribue à chacun d’entre nous. Ou encore le modèle de téléphone que vous utilisez, le nom de l’application qui a été installée, si elle a été ouverte ou non, la langue que vous avez sélectionnée, etc.

Combinées, toutes ces informations peuvent mener, insidieusement, à un profilage publicitaire assez précis. Et permettent à des géants publicitaires, Google en tête (eh non, Google n’est pas qu’un simple moteur de recherche innocent!), de vous proposer un maximum de publicité ciblée.

Et le RGPD?

Il faut savoir que depuis mai 2018 est entré en vigueur ce que l’on appelle communément le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données), qui touche tout le monde, et en particulier des entreprises comme Google et Facebook, qui ont fait des données personnelles un marché extrêmement juteux. L’idée du RGPD, c’est d’éviter l’utilisation abusive de données nous concernant, avec en ligne de mire le scandale Cambridge Analytica, du nom de cette société qui avait exploité en 2016 les données de dizaines de millions d’utilisateurs en faveur de Donald Trump lors de l’élection présidentielle américaine.

Il semblerait que Facebook ne soit toujours pas (ou pas toujours) en ligne avec les dispositions de ce RGPD. Il y a notamment un développeur d’applications, Six4Three, qui a ainsi porté plainte contre Facebook sur la base de documents internes, dans lesquels il apparaît que le réseau social aurait « volontairement et sciemment » violé les lois en vigueur sur la protection des données et sur la concurrence. Ainsi Facebook continuerait-il non seulement à transmettre des données aux développeurs d’applications, mais serait également en mesure de priver certains développeurs d’applications de certaines données afin de les forcer à faire faillite. Facebook s’en défend, évidemment, mais les scandales se succèdent. D’autant que les rapports successifs tendent à montrer que les utilisateurs ne savent pas forcément que leurs données sont envoyées à Facebook, et qu’ils n’ont aucun moyen d’en empêcher le transfert.

Ce qui est gratuit … ne l’est pas vraiment

Quelle que soit l’utilisation que vous faites d’Internet, il faut toujours garder à l’esprit que tout ce qui est gratuit en apparence, se paie d’une manière ou d’une autre dans l’ombre. Si vous ne devez pas ouvrir votre portefeuille, c’est que ce sont vos données personnelles qui intéressent vos interlocuteurs, qu’il s’agisse d’un site, d’un blog ou d’un réseau social. Si vous avez des craintes ou des questions à ce sujet, des formations existent pour vous accompagner dans votre utilisation d’Internet, et notamment les Jeudis Numériques que j’organise deux fois par mois. Je serais ravi de vous y rencontrer!

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